Bernard Reyboz
Bernard Reyboz -  Nice, 1977

Bernard Reyboz est né à Lyon en 1951 (France),

il a travaillé à Antibes jusqu'à son décès, le 4 Janvier 2012.

 

Après des études aux Beaux-Arts de Besançon puis aux Arts déco de Nice, Bernard Reyboz commence sa carrière professionnelle dans l'illustration, pour la publicité et l'édition. C'est en 1978 qu'il décide de se consacrer exclusivement à son travail artistique.  

 

Le travail de Bernard Reyboz force à appréhender le monde autrement. Formes souvent très simples, les "objets" de Bernard Reyboz rappellent sans cesse l'origine tellurique de la matière et sa puissance évocatrice. Intuitif quand il puise son inspiration dans les souvenirs d'enfance mais aussi scientifique lorsqu'il étudie de façon quasi-obsessionnelle les éléments naturels, l'artiste propose une re-création du monde et du vivant. Il donne à ses personnages une culture, une époque, un espace. Chaque période de son travail porte en elle l'histoire de la précédente, installant une sorte de filiation imaginaire entre chaque objet : l'oeuvre de Bernard Reyboz est une famille, pleine d'humour et de poésie.

 

C'est à l'occasion d'un voyage à Nice en 1972 que l'artiste découvre les plages de galets de la baie des Anges. Ignorant l'ampleur que ce thème prendra dans son travail, l'artiste entame alors une aventure entre l'oeil et le réel qu'il rend inaccessible grâce au jeu de l'ordonnancement et du réalisme abordé avec une parfaite maîtrise technique. Recensés, alignés, ces galets évoquent le travail d'un "minéraliste obsédé par la classification et le rangement." Parti du noir et blanc, l'artiste explore ensuite le thème à travers la couleur.

" Mon attrait pour les galets fut si fort qu'ils m'ont amené à m'y intéresser de très près. Cela s'est traduit par une série de tableaux et dessin exécutés dans la meilleure technique du trompe-l'oeil dont disposaient mes mains à cette époque." 

 

Les Champs de percussion et les Textures sont nés eux aussi d'une étude de la nature. Leur trame homogène provient de l'observation de haies végétales :

"En 1987, j'ai passé plusieurs semaines à photographier des haies végétales taillées ou sauvages. J'aimais ces façades épaisses dans lesquelles on pouvait plonger ses mains ou enfoncer son corps. Ma première tâche fut de mettre au point une technique qui me permettait de produire cette matière virtuelle. Le papier et le métal en feuilles se prêtèrent à cette réalisation (...)".

Deux surfaces séparées par le vide jouent du décalage des éléments : un fond et la trame à l'avant qui est exactement celle du fond, en décalage. C'est un effet de matière. La vibration graphique naît du jeu des pleins et des vides.

"Il s'agit de reconstruire en atelier soit les haies soit les sillons, avec une matière virtuelle sur laquelle je peux jouer."

 

Formes immémoriales, entre matière et objets, les galets réinvestissent le travail de l'artiste mais dans d'autres créations organiques. Au fil des années, le travail sur les galets se révèle en 3 dimensions pour offrir les Monolithes, formes de galets plus ou moins allongés, qui évoquent un monde un peu aquatique. Ils deviennent progressivement "des volumes habillés de symboles, d'écritures, de signes "organiques", des volumes devenus supports graphiques pour une autre destination plus proche de l'expression, de l'interprétation et de l'imaginaire. A l'inverse de la période "galets" où il est passé du noir et blanc à la couleur, l'artiste commence par la couleur puis s'en débarrasse pour explorer le signe donnant à ses oeuvres une dimension plus symbolique. Sa relation est particulière avec la couleur ou plutôt les couleurs : ensemble, elles peuvent souvent servir ses intentions mais possèdent  aussi un pouvoir de distraction souvent trop important, parasitant au final la lecture même de son travail.

 

Arrive ensuite, un peu par hasard, le  peuple des Tripodes, créatures de toutes tailles, né par distraction.

"C'est à mon insu que les Tripodes sont arrivés dans mon atelier. A l'époque je travaillais sur les monolithes et les champs de percussion. Dans un moment de distraction, j'ai modelé avec de la terre un petit sujet à trois pattes surmonté d'un long cou qui portait une spirale. J'ai déposé ce sujet dans un coin de mon atelier et je suis retourné à mes occupations optiques et minérales."

Modelés avec de la terre puis recensés pour les plus petits, alignés sur des plaques de bois, ces personnages noir et blanc, plein d'humour sont les sujets de mises en scènes très poétiques. L'artiste leur a même créé une histoire avec "Enquête sur une réalité", série de soixante boîtes dans lesquelles il installe de petites compositions anecdotiques accompagnées de commentaire.

Les Cratères, sortes d'entonnoirs recouverts de sable noir, constituent eux l'environnement matériel de ces personnages. Ces volumes ovales ou sphériques rappellent la période des galets et annoncent celle des Chrysalides, grillages emmêlés, nids de matière prête à se déployer.

 

Le mouvement, thème subtilement abordé dans les travaux jouant d'effets visuels, devient central dans les oeuvres récentes de l'artiste : les Mouvants. Dès lors, les objets-sculptures deviennent vivants, mystérieux par leur apparence autant que par le mécanisme improbable qui semble les animer. Véritable démonstration du vivant, la série des Mouvants met en scène le mystère de la création et inscrit encore davantage les oeuvres de Bernard Reyboz dans le temps.

 

Sources :

Bernard Reyboz, Catalogue raisonné, 1989-2009, artstoarts, mai 2009.

Plaquettes éditées par stARt, Nice, 2003 et 2007.

Claire Spada

 
Antibes, 1996